En ce dimanche 4 mai, une dame âgée assise sur un banc face à la mairie de Valentigney, regardait le buste d’Émile Peugeot. Un monsieur vint s’asseoir près d’elle. « Gaëtan Gouget », se présenta-t-il, « me permettez-vous de prendre place près de vous ? ». « Volontiers » dit la dame, « je m’appelle Lucy Peugeot ». Ils se mirent à discuter. « Ce buste, sur cette stèle, c’est mon père. C’est une œuvre réalisée par Georges Iselin, sculpteur à Clairegoutte, en Haute-Saône ». Mise en confiance, Lucy commença à lui parler de ses origines : « Fille d’industriel, je ne connais rien à la mécanique, à l’outillage. D’ailleurs les femmes ne sont pas admises dans les usines. Je me suis surtout investie dans le social… Accompagnez-moi donc le long des rives du Doubs, je veux vous parler de l’Asile du Rocher ». Bras dessus, bras dessous, ils s’en allèrent. Arrivés à un endroit d’où l’on pouvait apercevoir un petit pan de mur de l’asile du rocher, après être passé par la ferme en face du presbytère de la rue Villedieu, elle demanda à s’asseoir.
« Je veux tout d’abord vous dire que j’accorde beaucoup d’importance à l’association Croix Bleue, aux côtés de Monsieur Pierre Barbier, buveur invétéré qui a tout perdu, femme, enfant et travail. Il a rejoint cette association et a signé un engagement à vie d’abstinence, avec l’aide de Dieu ». Gaëtan, interloqué, lui dit : « Abstinence totale ? alors que l’eau de vie est l’eau qui nous fait chanter, danser et nous rend gai ! Comment s’en passer ? ». Gaëtan, volubile, gesticulait en vantant les bienfaits de cette eau. Lucy, un peu mécontente lui dit : « Vous me vantez le côté festif de votre boisson mais moi, je connais les effets néfastes de l’abus de l’alcool ! ». Perplexe, Gaëtan ne comprenait rien : « Cette eau… ». Lucy l’interrompit sèchement et commença à lui parler de ce bâtiment que l’on apercevait entre les arbres : « L’asile du rocher. Cet hôpital a été construit par mon père Émile. Pendant la guerre de septante, mes parents accueillaient gratuitement des soldats blessés de toutes religion et de toutes origines. Puis après la guerre, cet hôpital est devenu un havre de paix, de culture et siège de nombreux colloques ».
La ballade se poursuivit jusqu’au quartier des Longines. Lucy nomma l’architecte qui en fit les plans : « Jacques Walter. Ce fût la création d’un quartier moderne qui séduisit les industriels et notamment ma famille, et qui s’appela Cité jardin des Longines ».
Lucy Peugeot, représentée par la guide Évelyne Boileau lors de cette ballade contée, nous parla de cette femme libre et solidaire qui créa une bibliothèque ouverte à tous, s’occupa de l’éducation des jeunes filles et créa le premier café de tempérance au lieu dit « La tourelle ».
Merci à Évelyne, merci à Gaëtan de l’association de la lueur des contes pour cet agréable moment passé en leur compagnie. Une trentaine de personnes ont participé à cette ballade, tous ravis malgré un temps maussade et froid.
Corinne Scheele-Nicole Adam
